Yira

Carole Hurtado : chant

Jules Desgoutte : piano, arrangements, composition

Yira, en argentin, c’est la putain. Celle qui déambule (de girar , tourner, en espagnol). Celle pour plaire à qui le tango s’invente, danse de compadre, en souffrance d’amour. Le tango met en scène dans ses pas, marche au plus simple d’un bout à l’autre de la salle de bal, qu’ornent les danseurs des fantaisies de leur affrontement, la déambulation de celle qui, contre argent, propose un simulacre d’amour. Tant qu’inimitable art de tourner en rond, le tango construit son histoire des mêmes figures de la giration ; en allées et venues de Buenos Aires à Paris , dont le bâtard reviendra métamorphosé en fils prodigue, en conquêtes tournant autour du monde.

Comme le cercle n’a ni début ni fin, celui qui déambule erre en même temps .Ainsi des hommes qui firent le tango, immigrés pauvres d’origines si mélangées qu’il n’en resta bientôt plus que le manque éprouvé, une nostalgie commune dont l’affiche est provocante plutôt qu’éplorée, le spleen moqueur, ou majestueux.

Ne venir ni d’ici ni d’ailleurs, sans plus aller nulle part,. « car j’ignore où tu fuis , tu ne sais où je vais »*, mais s’inventer de si peu plus qu’une identité, une mythologie -danse poésie et musique convoquées selon les grands principes du théâtre épique-, voilà qui fait le tango dans ses allers retours obstinés, le défenseur d’une humanité qui se passe des promesses d’avenir et des certitudes identitaires, pour voir dans l’Autre, sous la forme d’un devenir possible, sa seule vérité.

 

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